Franz Kafka disait que la vérité était comme une cible dont on ne pouvait jamais atteindre véritablement le centre. Pour cerner plus précisément quel est le sens de ce mot solution, tel qu’il est utilisé dans cette approche dite centrée solution , nous allons dans un premier temps tourner autour de ce mot en explorant les expressions qui ont une ressemblance familiale avec lui, en espérant que les cercles concentriques nous rapprochant du coeur de la cible nous approcherons ainsi au plus près d’une définition plus pertinente.
Souhait ou Solution ? Souhaiter ce que l’on a pas
Si la recherche de solution en ACS est bien décrite par cette métaphore qui propose d’arriver de l’autre côté d’une montagne sans l’avoir gravie, la définition du mot solution est alors loin du champ sémantique qu’évoque, par exemple, l’expression état désiré, en PNL.
L’état désiré de la PNL est, en effet, « le point d’arrivée, la situation satisfaisante dans laquelle le sujet souhaite se trouver s’il quitte son état présent. Il intègre l’objectif et ses conséquences ». ( définition du Littré)
Le mot important ici est le mot souhait. Le souhait prend appui sur l’état présent, non pas en ses possibilités mais en ses limites. Le souhait est un mouvement de la volonté vers quelque chose que l’on n’a pas ( CF. le texte La Volonté dans ce blog) . Le souhait est donc très directement en lien avec ce que l’on a ou n’a pas, c’est-à-dire avec l’état des lieux qui fait problème. Et, d’autre part, il est en lien avec la volonté, cet attribut mystérieux qu’on crédite de la puissance de réaliser ce que l’on nomme un objectif, et qui est aussi un des matériaux de construction d’une pensée rationnelle et analytique. Le champ sémantique du souhait ne rappelle donc pas le mouvement de recherche de solution en ACS, qui est ce passage direct sur la face cachée de la lune ou de la montagne, passage irrationnel, et en rupture avec une conscience volontariste. Dans cette approche en effet nous contournons le problème pour aller chercher les forces vives de remise en mouvement des personnes, immobilisées par les problèmes, et cela à travers le travail sur les ressources et les questions projectives (Cf. l’article : La mémoire du futur dans ce blog )
Buts ou Solution ? Pour accéder à la solution, s’agit-il alors d’établir des buts ?
Un but est un point matériel (se présentant matériellement), que l’on veut atteindre et qui ressemble à ce que l’on pense être une bonne manière de franchir une étape. Là encore le champ est celui de la pensée consciente et de la raison raisonnante.
La construction du but est essentiellement faite avec les matériaux du problème, comme dans les énoncés : Je suis dépendante… Je veux être indépendante… Je suis ici … je veux aller là… je suis en colère … je veux être tranquille…
Dans ce cas c’est le balisage du sentier qui va me conduire au col ; mais il n’y aura aucune découverte. Je connais le chemin et je connais l’arrivée. Toutes les informations utilisées sont présentes et conscientes. Il n’y a pas de futur à découvrir, seulement le prolongement du présent.
Mais le futur, par définition, n’est pas encore arrivé. Et l’évolution des systèmes complexes est imprévisible ( Cf. le texte : Complexité ). S’il y avait suffisamment d’éléments dans les données qui provoquent la crise pour trouver une solution, il suffirait de commencer à faire l’inverse de ce qui fait problème pour que l’amélioration se produise. Mais comprendre un problème ne suffit pas à le faire disparaître. Pour qu’un changement se produise il faut ouvrir la porte à de nouvelles informations comme dans le célèbre exemple des neufs points de Paul Watzlawick. C’est alors le fait de sortir du cadre (ici les données du problème) qui permet le plus souvent la résolution de la difficulté.
Sortir du problème, c’est à dire du cadre défini par l’énoncé du problème, c’est le contourner, passer par une zone d’indétermination pour faire de la place au nouveau. Bien entendu il y a des cartes (des théories sur les problèmes) et d’autres ont déjà emprunté ce sentier… Mais il est bien certain que personne d’autre n’a encore emprunté le chemin de ma vie et que la singularité en matière de difficultés psychiques échappe en grande partie aux généralités.
Etablir des buts conscients pour sortir d’une difficulté relationnelle n’est pas aidant. La vie est un sentier et n’est pas une autoroute, les personnes accompagnées sont des singularités et ne sont pas des généralités.
De ce fait, en ACS nous éviterons de nous appuyer sur des buts conscients ( Cf : Gregory Bateson : Buts conscient ou Nature (in Vers ne écologie de l’esprit T. 2) pour activer le mouvement vers le changement.
Objectifs ou Solution ?
En Approche Centrée Solution il ne s’agit donc pas d’aider les personnes accompagnées à se donner des objectifs, c’est-à-dire à espérer atteindre un résultat comme conséquence d’une série d’étapes que l’on se propose de passer les unes après les autres. Ce qui reviendrait à pratiquer une thérapie de l’effort. Mais les efforts ne sont-ils pas le contraire du changement, puisqu’ils ne sont nécessaires que s’il n’y a pas eu de changement ? Et qui peut véritablement dire que cet objectif, construit à partir des données du problème, va être résolutif ? Et qu’il ne sera pas seulement l’expression idéalisée de l’absence du problème ?
Souhait, Buts, Objectifs ?
Ces trois tentatives de résolution à travers l’état désiré (ou souhait), le but, l’objectif, ont en commun de s’adresser à la fonction cognitive de notre esprit, celle de la réflexion, celle qui analyse et explique les difficultés dans lesquelles nous avons emmêlé les fils de nos vies. Or, s’il suffisait d’analyser les difficultés, et d’avoir des objectifs pour aller mieux, les thérapeutes seraient en voie de disparition.
Souhaits, Buts conscients, Objectif, sont cependant bien souvent utiles. Ils montrent toute leur efficacité résolutive quand il s’agit de traiter des problèmes simples et compliqués. On appelle problèmes simples et compliqués, les problèmes pour lesquels nous pouvons disposer de toutes les informations les concernant. On appelle problèmes complexes les problèmes à propos lesquels il est impossible d’avoir toutes les informations de manière exhaustive.( Cf. texte : Simple, compliqué, complexe)
Solution enfin !!
Dans son article Buts conscients et Nature, Gregory Bateson montre de manière éclairante comment, dans le cas d’un problème systémique complexe, la conscience, ne pouvant contenir toutes les informations, en utilisant les processus de buts et d’objectifs, va nous conduire à des impasses ou pire à des erreurs dévastatrices, nos moyens techniques augmentant sans que la conscience soit à la hauteur de cette augmentation.
L’approche centrée solution ne s’adresse pas aux problèmes simples. Elle est pertinente quand nous faisons face à des difficultés complexes comme le sont la plupart des difficultés relationnelles.
Le sens du mot solution en ACS devra donc être cherché en contra position par rapport aux usages des termes : souhait, but, objectif. ( Cf : le texte Perspectives de changement )

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