« Les malentendus rendent la conversation possible.
Si nous nous comprenions tout à fait, nous n’aurions plus rien à nous dire. »
Steve De Shazer
1 Le malentendu est en fait constitutif de la conversation.
Mais que faisons-nous des malentendus dans les entretiens de relation d’aide ?
Dans les entretiens de la relation d’aide, comme dans la plupart des discussions, si nous savions parfaitement ce que nous voulons dire et ce que veut dire notre interlocuteur nos conversations seraient très courtes ! Partir de l’a priori que nous ne comprenons pas ce que notre interlocuteur-trice dit va nous permettre de poser des questions et de construire un sens dans ce temps d’échanges.
Par ailleurs, l’idée que nous pourrions atteindre une parfaite compréhension est une utopie qui n’est pas cohérente avec une conception du langage dans laquelle le sens est lié à l’usage. Dans cette conception, en effet, il n’existe pas une référence fixée et unique pour un mot. Le mot « arbre » par exemple est un concept qui renvoie à une série de critères généraux communs à tous les arbres. « Arbre « ne décrit pas complètement un tilleul, un sapin ou un cerisier. Si nous allons plus loin, quand Albert dit « cerisier » ce n’est sans doute pas le même « cerisier » auquel Alice pense à ce moment là. Toutes les explications et précisions trouvent une limite… Jamais Albert ne pourra rendre compte et communiquer à Alice l’effet que l’énoncé « cerisier» fait sur lui. Les deux « cerisier », celui énoncé et celui entendu, resteront différents même si, en parlant et discutant, Alice va s’approcher du « cerisier » d’Albert, mais elle ne l’atteindra jamais.
Il ne s’agit donc pas de mener une quête impossible du sens précis mais plutôt d’abandonner cette quête au profit d’une approximation qui sera elle-même limitée. Nous pouvons simplement approcher d’une certaine compréhension mais nous pourrons en approcher d’autant plus que cette compréhension sera le résultat d’un échange.
Le non verbal (l’expression, le sourire, le ton, le regard…) est un indicateur de l’état de la relation mais, par son caractère imprécis, il laisse place à des interprétations. Le verbal, lui, est un instrument de précision. Le non verbal montre le type de relation entre deux personnes mais c’est le verbal qui peut neutraliser les mauvaises interprétations.
« Le fait exceptionnel – la grande nouveauté – qui a caractérisé la formation et l’évolution du langage humain n’a pas été l’abstraction ou la généralisation, mais la découverte du moyen de parler d’autre chose que de la relation. » Gregory Bateson
Du coup, notre incompréhension, est utile pour que la personne que nous accompagnons affine ce qu’elle-même est en train de dire et de penser, puisque cette surdité volontaire de l’écoutant nous oblige à poser des questions auxquelles seul-e notre interlocuteur-trice peut répondre. Les questions servent alors à dissiper les malentendus.
Le sens se construit, dans la conversation, dans l’usage des mots, c’est à dire dans l’interactivité et le champ pratique qui lui est associé (dans la forme de vie selon Wittgenstein).
2 Malentendu et non savoir
Ecouter indexicalement
Nous acceptons donc l’incompréhension et en faisons même un outil de conversation. C’est l’une des variables de ce que nous appelons la posture de non expertise ou de non savoir. La description des situations servant de contexte à la construction du sens permet alors de s’entendre sur le sens des mots.
Il s’agit donc tout d’abord d’entendre, d’être capable d’écouter sans interpréter. Se contenter de « je suis déprimée » peut prêter à tous les malentendus. Mais si nous demandons ;: «quand ? comment ? de quelle manière ? », si nous proposons des images comme : « êtes vous au bord du gouffre ? êtes vous au fond du trou ? avez vous touché le fond de la piscine ?», nous pouvons peut-être nous approcher de ce que notre interlocuteur-trace veut réellement dire et même l’aider à entendre vraiment ce qu’il-elle dit.
L’Approche Centrée Solution prône donc le malentendu a priori pour pouvoir écouter sérieusement et avec curiosité la personne accompagnée. Cette forme d’écoute est une écoute indexicale . Ce que l’on nomme « indexical » en philosophie ce sont tous les termes qui ne peuvent être compris qu’à la condition de savoir où se trouve la personne qui les prononce et dans quel contexte : « ici, maintenant, là, je, il, elle, alors, ceci, cela, aujourd’hui, hier… ».
C’est tout le sens de cette écoute particulière : devoir passer par la personne qui parle pour que la personne qui écoute entende bien ce qu’elle lui dit. La position de non expertise, caractéristique de l’intervenant ACS est en cohérence avec cette forme d’écoute et sa définition.
La personne accompagnée est sa propre interprète.
Sources :
Gregory Bateson : Vers une écologie de l’esprit (Ed Seuil 1995)
Steve de Shazer : Les mots étaient à l’orgine magiques (Ed Satas )
Martine Nannini : L’approche centrée solution en thérapie… (Ed ESF 1995)

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